Aujourd'hui, le tribunal correctionnel a décidé, malgré le désaccord des parties civiles sur ce point, de deux éléments importants. D'une part, la société Total et son PDG sont désormais prévenus au procès. Mais la recevabilité de la citation directe de ces deux personnes étant jointe au fond, elle ne sera examinée qu'à l'issue du procès en novembre.

Cela signifie, sans entrer dans les subtilités juridiques, qu'il y a désormais quatre prévenus, mais que parmi ces quatre, les deux nouveaux, Thierry Desmarets et Total, pourront en novembre ne pas avoir été finalement considérés comme prévenus ! C'est une situation inconfortable mais pas inédite, qui permet en tout cas que Total et son PDG soient vraiment parties au procès, au côté de la défense, et puisse s'expliquer sur son rôle et ses responsabilités, bien que cela sera complexe puisque l'instruction ne les a pas concernés.

En tout cas, sur un plan plus humain, c'est un situation doublement salutaire.

Salutaire pour les victimes d'abord, qui peuvent considérer à juste titre que les négligences qui pourraient avoir été commises ne dépendent pas que de la société "Grande Paroisse" mais aussi de la société-mère, Total. Voir finalement Total et son PDG sur le banc des prévenus (même si en novembre ils peuvent n'avoir jamais été considérés comme prévenus finalement), a une portée symbolique et politique importante. Salutaire pour la défense elle-même, d'autre part. En effet, sur le plan humain, il est, notamment pour Serge Biechlin, assez difficile d'être la seule personne physique accusée. Sans nier sa part de responsabilité, on peut douter qu'il soit le seul responsable des négligences qui peuvent avoir été commises. Et on ne peut nier, en écoutant ses observations aujourd'hui, de la sincérité de cet homme dépassé par les évènements, et qui a lui aussi souffert personnellement du drame. L'émotion qui a gagné la salle Jean Mermoz aujourd'hui à la suite de son intervention me fait penser qu'il n'est pas inopportun sur le plan humain, que les bancs de la défense s'agrandissent. Car si sur un plan juridique, les responsabilités n'en seront ni réduites ni divisées, elles le seront tout de même sur un plan humain.